Un résultat démoralisant...

13 Aout 2012



Quelle est la situation des femmes après l'arrivée des islamistes au pouvoir?



Aujourd’hui, je suis à Tunis. Je suis arrivée la semaine dernière chez ma grand-mère. Je suis venue retrouver mes amies tunisiennes pour manifester à leurs côté pour les droits de la Femme. En effet, aujourd’hui, c’est la Journée nationale de la Femme tunisienne. Cela correspond à l’anniversaire de la promulgation du code du statut personnel, série de lois établies en 1956 par Bourguiba pour instaurer l’égalité juridique entre l’homme et la femme dans plusieurs domaines. Cet anniversaire, fêté chaque année, n’est aujourd’hui pas une fête. Effectivement, le droit des femmes est de plus en plus bafoué et menacé par Ennahda.


Nous, femmes, avons joué un rôle important dans les révoltes, estimant que la chute des régimes dictatoriaux allait permettre une amélioration de notre statut. 
Cependant, après l’arrivée des islamistes au pouvoir nous faisons partie des grandes oubliées dans les nouvelles constitutions. Avec des lois fondées sur la Charia nous nous limitons désormais à essayer de préserver des droits déjà acquis à l’époque de Ben Ali! C’est comme si toute notre participation à la révolution n'avait fait qu'empirer notre situation... Cette vérité est abominable. Aujourd'hui les Salafistes et la base d'Ennahda punissent toute personne portant atteinte à la Charia. Les islamistes payent même certaines femmes pour porter le niqab. Les mêmes policiers qui attaquaient les femmes voilées sous Ben Ali agressent maintenant les femmes qui portent des jupes, jugées indécentes. Je n'arrive pas à y croire : sous Ben Ali nous luttions pour l'obtention d'une égalité devant l'héritage alors qu'aujourd'hui nous nous battons à Tunis pour garder des droits qui avaient déjà été obtenus au préalable...

Le pire de tout est situé dans l'article 28 de la constitution: la référence à l'égalité entre homme et femme a été transformée en une "complémentarité". Nous pensons que la priorité est de retirer cet article car qui sait comment le gouvernement islamiste pourrait l'utiliser? De plus, elle fait directement référence à la théorie de Saint Simon sur "l'être social". Cette théorie est liée à celle des "deux sphères" de J.J Rousseau, qui dit que "la femme et l'homme sont faits l'un pour l'autre, mais leur mutuelle dépendance n'est pas égale. Nous subsisterions plutôt sans elles, qu'elles sans nous." N'est-ce pas ce qui est profondément ancré dans la plupart des mentalités de nos pays aujourd'hui? Cette position de domination de l'homme par rapport à la femme est finalement traduite par ces affirmations.
 
Ce matin nous avons marché sur l'avenue Bourguiba. Nous étions nombreuses et cela nous a motivées. J'ai brandi des affiches aux côtés de Lina Ben Mhenni, plus connue sous le nom de "Tunisian Girl", célèbre bloggeuse, qui a participé sans relâche à la révolution tunisienne. Sans surprise, les policiers sont vite venus réprimer la manifestation. 

Si je suis ressortie aujourd'hui dans la rue, c'est pour montrer qu'il y a des gens qui résistent à cette nouvelle dictature et qui ne céderont devant rien.

Manifestation pour la journée de la femme, Avenue Bourguiba, Tunis, le 13 Aout