Position de faiblesse

3 novembre 2010


Aujourd'hui, la situation des femmes en Egypte est désastreuse. L'autre jour, j'ai consulté une étude de Forum Economique Mondial de Davos qui place la femme égyptienne à la 125ème place sur une liste de 134 pays! (Cette étude a été réalisée à partir de critères tels que les conditions de vie, les violences faites aux femmes et le statut politique). C'est désespérant. Nous  connaissons sans cesse humiliation, rabaissement et pire encore: harcèlement sexuel. Cela fait des siècles que nous luttons pour nos droits mais ceux-ci n'évoluent guère en notre faveur.  

En Tunisie, la femme a beau être le symbole "de l'authenticité et de la modernité" (d'après Jamila Mejri), son statut reste encore très précaire. Nous, en tant que femmes égyptiennes et tunisiennes voulons du changement. Nous ne voulons plus avoir une place mineure, que ce soit dans la vie publique ou dans notre vie privée. On nous fait sentir que notre place est à la maison, pourtant, même dans le cercle privé nous sommes reléguées à un statut d'infériorité. Nous voulons éradiquer le concept encore très présent de polygamie en Egypte (depuis 1956 la polygamie est légalement interdite en Tunisie suite à l'application du Code du statut personnel promulgué par Bourguiba) et du mariage forcé. Mais surtout nous voulons une prise en compte des droits des femmes dans les constitutions.


En ce moment, la situation économique des pays arabes est tout aussi catastrophique. Avec Moubarak au pouvoir ici en Egypte et Ben Ali en Tunisie, la population connait chômage, pauvreté et misère. La situation devient intolérable pour Egyptiens et Tunisiens. Une atmosphère d'indignation grandit partout et malgré le manque de liberté d'expression et la censure, des idées de révolte se propagent.  

Tous veulent avancer vers la démocratie. Cependant, comment avancer démocratiquement si toute une partie de la population est négligée, mise de coté ? C'est pour cette raison qu'il est temps de se révolter contre ces gouvernements autoritaires, mais de le faire dans un cadre d'égalité homme-femme, concept tout aussi important. 

Pour le moment, je ne sais pas ce qui va se passer. Mais nous gardons tous l'espoir d'une vie plus belle pour nos pays.  Nous avons tous envie de changement. C'est donc pour cette raison que nous allons nous battre jusqu'au bout.



Campagne dénoncant les violences faites aux femmes en Egypte, photo publiée par Foreign Policy



Le premier pas

19 décembre 2010


Je suis arrivée avant-hier à Sidi Bouzid chez une amie tunisienne. L’atmosphère était pesante. Tout le monde semblait, à sa façon, accepter l’immolation de Mohammed Bouazizi. Une atmosphère de révolte semblait se répandre.  Son sacrifice, est à mon avis la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.


A midi, mon amie et moi avons rejoint un groupe composé d’une cinquantaine de femmes, parmi elles, la mère de Mohammed Bouazizi qui avait diffusé un message de rassemblement sur Facebook. Nous avons défilé dans les rues. Au fur et à mesure, d’autres habitants de Sidi Bouzid se sont joints à nous. On hurlait: “Dégage Ben-Ali!”. Manifester en Tunisie en scandant le nom de Ben Ali, quelle nouveauté, quel risque aussi! Le courage et la détermination de la foule (résultat de notre frustration accumulée) ont fait naître l’espoir, l’espoir d’avoir une vie plus belle, digne de nous et de notre pays. A un moment donné, je me suis retrouvée aux côtés de la mère de Mohammed que j’ai entendue crier que Ben Ali ne lui faisait pas peur et qu’elle était prête a sacrifier le reste de ses fils pour “dégager le dictateur”. Tous brandissaient des affiches qui dénonçaient le manque de liberté d’expression, la corruption et le chômage. Sorties de chez nous, nous renversions le cliché de la femme arabe, qui est de nous montrer toujours à la maison, enfermées. Nous brisions ainsi le silence. Et ça c’est déjà un beau début. Nous avions toutes la même idée en tête: s’il devait y avoir une révolution tunisienne et démocratique, elle se ferait avec les femmes, et donnerait sa place à la femme dans la nouvelle société.





Photos prises lors de la manifestation à Sidi Bouzid le 17 décembre 2010.



Une heure après le début de la manifestation, les miliciens de Ben Ali sont arrivés. Ils ont commencé à brandir leurs matraques pour tenter d’intimider et de calmer la foule. Mais en vain. Alors, ils ont donné de vrais coups. Ils s’attaquaient plus aux femmes qu’ils dévisageaient et insultaient. Mon amie et moi avons fui. Nous avons échappé à la violence juste à temps.


J’espère que ce premier pas dans cette révolution va faire progresser notre situation en Tunisie. Je veux continuer à me battre pour honorer la mémoire des femmes battues hier et poursuivre leur action. Cette révolte n'est-elle pas l'occasion de taper du poing et de faire respecter nos droits ? J'ai pris ma décision: je vais me joindre à toutes celles qui trouveront le courage d'enfin oser dire tout haut ce qui résonne depuis longtemps dans nos coeurs et j'espère que nous serons de plus en plus nombreuses. Une chose est sûre, nous ne baisserons pas les bras.

Tunisian Girl

2 janvier 2011


Lina Ben Mehnni est une femme que j'admire beaucoup. Plus communément appelée "Tunisian Girl", elle tient un blog (voir onglet Tunisian Girl en haut du blog), que je suis avec ferveur, grâce auquel elle fait beaucoup avancer la révolution en Tunisie.


En effet, cette femme tunisenne joue un rôle majeur dans "la guerre virtuelle" tunisienne où s'affrontent cyberflics et cyberactivistes. Elle poste des photos de cadavres et de blessés qu'elle prend et qu'elle commente. Elle exprime son opinion de manière directe et pertinente. C'est elle aussi, qui, grâce à son blog, a invité de nombreuses personnes à venir se mobiliser à Tunis. Via Facebook, Twitter et Flickr ses intentions et ses opinions circulent à travers la Tunisie et grâce à elle plus de femmes osent venir militer dans les rues. Elle montre que toutes les femmes sont capables d'avoir de l'impact dans cette révolution. Elle représente la Tunisienne activiste, moderne et ambitieuse et inspire ainsi de nombreuses femmes.


 Lina Ben Mhenni, alias "Tunisian Girl"


Au revoir Ben Ali!

14 janvier 2011


Jour mémorable pour la Tunisie il y a une semaine: la chute de Ben Ali! Après avoir manifesté depuis décembre, Ben Ali est enfin parti! Il a fui en Arabie Saoudite avec femmes et enfants. En arrivant en Tunisie il y a trois jours, j’ai tout de suite ressenti le sentiment de joie présent à travers le pays. A la une des journaux, on voit des photos de femmes blogueuses et mères de martyrs, dont la mère de Mohammed Bouazizi. Ces nouveaux symboles de la Tunisie libre détronent Leila Trabelsi, la femme de Ben Ali, qui était la seule figure féminine autorisée à briller sous l’ancien gouvernement. C’est formidable.

Le centre ville s’est transformé en un endroit où chacun fait entendre sa voix. Tous les tabous sautent. Nous, femmes, avons même commencé à parler d’une amélioration du code du statut personnel. Nous nous sommes mises a évoquer des réformes qui permettraient à la femme d'avoir les même droits que l'homme, dans les cas d'héritage par exemple. Jusqu'à présent, nous avons droit à seulement la moitié de ce que les hommes obtiennent. (voir article du Figaro à propos des revendications des femmes) Nous n’avons plus peur. Avec plus de liberté, c’est l’époque de tous les possibles. Notre participation aux révoltes semble avoir un sens…Enfin! Nous, femmes, nous sentons utiles, reconnues. Nous ne savons pas encore ce qui va se passer mais cette atmosphère nous fait espérer le mieux! Nous ne baisserons pas les bras.

Une des manifestations qui a entrainé la fuite de Ben Ali, Tunis,  Janvier 2011


Asmaa Mahfouz, ou l'étincelle de la révolution égyptienne

18 janvier 2011

Asmaa, à peine découverte, déjà un symbole ? 



Aujourd’hui, j’ai vu la vidéo d’Asmaa Mahfouz, Egyptienne. Elle s’est répandue avec une vitesse incroyable et  a eu un impact énorme.  Je crois bien qu'elle pourrait déclencher la révolution ici, en Egypte.



Dans cette vidéo,  Asmaa s’adresse à tous les Egyptiens. Elle nous invite à venir manifester le 25 janvier 2011 contre Moubarak sur la place Tahrir! J’avais déjà entendu parler d’une manifestation qui se préparait mais, là, Asmaa l’a rendue officielle! Quel courage!

Dans sa vidéo, elle affirme que si les Egyptiens restent chez eux; ils “méritent tout ce que le régime leur fait subir”.  Elle déclare ensuite qu’il ne faut pas écouter ceux qui disent que les femmes ne devraient pas aller manifester, et qu’il ne faut surtout pas avoir peur de sortir, de subir les coups de la police et se battre pour la liberté. Ce qui m’a le plus touché dans son appel, c'est le fait qu’elle interdise aux Egyptiens de penser qu’il n’y a pas d’espoir, car ne plus espérer ruine toute chance de sortir de cette situation.

Je trouve cette femme extrêmement inspirante. L'immense succès et la diffusion de sa vidéo à travers l’Egypte, en seulement une journée, montre que nous allons être très nombreuses, le 25. Cette femme, qui a osé lancer un appel public sans avoir peur de la répression, a touché les esprits et donné le courage à un grand nombre d’Egyptiens, surtout d'Egyptiennes, de venir manifester. Asmaa Mahfouz, fait honneur à toutes les femmes car elle montre qu’une des nôtres peut lancer une révolution aussi bien qu’un homme. Cette vidéo annoncerait-elle le rôle important que pourrait jouer les femmes dans la révolution ici, comme elles l'ont eu en Tunisie ? Elle nous fait espérer que les femmes ne seront plus derrière leurs frères, leurs maris, leurs pères mais au contraire à leurs cotés, et pourraient faire avancer cette révolution sans relâche.